Crédit Immobilier : conséquences de la perte du triple A, hausse des taux imminente

Crédit Immobilier : conséquences de la perte du triple A, hausse des taux imminente

La France perd son triple A : conséquences sur le crédit immobilier

Le vendredi 13 janvier n'a usurpé son statut de jour néfaste. En dégradant la note souveraine de la France, l'agence de notation Standard & Poor's n'a fait que confirmer ce que chacun craignait depuis quelques semaines. Tout de même, le coup est rude, pour le gouvernement en place qui espérait pouvoir échapper à la sanction, pour les candidats sérieux à l'élection présidentielle qui doivent convaincre une opinion très éparpillée, pour les organismes publics dont le sort est lié à celui de l'Etat, et pour les Français qui risquent de payer plus cher leur crédit immobilier. Pour l'heure, le gouvernement tente d'éteindre le feu attisé par Standard & Poor's en affirmant haut et fort que sa politique économique n'est pas dictée par les agences de notation. Sans revenir sur la prétendue influence de ces pompiers pyromanes, impossible de croire que les élus n'en font pas cas. Tout simplement parce que le président en place et son gouvernement ont fait de la préservation de la note suprême l'étalon-or de leur crédibilité.

Tout simplement aussi parce que les marchés financiers suivent avec fébrilité les avis toujours subjectifs des agences et oscillent au gré de ces paroles d'évangile. On peut reconnaître toutefois que les marchés ont anticipé la dégradation de la note française. La menace de la perte du triple A rodait depuis plusieurs semaines et la mise sous surveillance de la note française a rendu les acteurs très prudents. Les investisseurs n'ont pas attendu la perte du troisième A pour faire monter les taux d'intérêts des emprunts d'Etat. Depuis octobre, l'OAT 10 ans qui est la forme privilégiée du financement à long terme de l'Etat est monté en flèche pour atteindre un pic à la mi-novembre avec l'annonce du défaut partiel de la Grèce sur sa dette, redescendre ensuite d'un demi point et se stabiliser en décembre. L'OAT 10 ans a même reculé sensiblement le 13 janvier pour afficher 3,03%.

Evolution de l'OAT, Baromètre des taux immobiliers

Quand l'OAT 10 ans grimpe, l'Etat emprunte à un coût plus élevé. Il creuse sa dette et rend frileux les investisseurs qui se reportent sur des pays où la dette est réputée plus sûre. C'est le chat qui se mord la queue. Les banques qui utilisent l'OAT 10 ans comme indice de référence pour déterminer les taux fixes des crédits immobiliers répercutent la hausse et rendent le crédit plus cher pour les particuliers. Au-delà du cas franco-français, l'exposition des banques aux dettes souveraines de la zone euro leur ont dicté la plus grande prudence avec, pour corollaire, un resserrage de l'accès au crédit. Depuis juillet dernier, les banques ont fait valoir une certaine aversion du risque et ont durci les conditions d'accès au crédit : augmentation du taux d'apport personnel, durées plus courtes, recentrage sur une clientèle aisée. L'heure n'est plus à gagner des parts de marché, mais à consolider les marges et renforcer les fonds propres.

La perte effective du triple A va-t-elle rendre le crédit encore plus difficile à obtenir ? On l'a vu, une note abaissée entraîne des taux plus élevés. En passant de AAA à AA+ assorti d'une perspective négative, la France entame quelque peu la confiance des investisseurs ; l'agence de notation ne donne plus un 20/20 à la capacité de financement de la France, tout en émettant un doute quant à la politique de relance de l'économie. Et c'est là tout le problème. Les réformes entreprises pour contrer le déficit passent uniquement par une austérité budgétaire qui risque à court terme de plomber plus encore la croissance. Les analystes l'ont prédit il y a peu : les taux de crédit aux particuliers devraient grimper autour de 5% (taux moyen sur 20 ans) avant la fin du premier semestre 2012. Indépendamment des conditions de refinancement, les banques doivent faire face aux nouvelles normes prudentielles de Bâle III les obligeant à renforcer leurs fonds propres. La restriction de l'accès au crédit pourrait en revanche faciliter un recul des prix de l'immobilier et de l'assurance emprunteur. On n'aura pas tout perdu.


Gerard Mihranyan


 


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