Crédit immobilier et perte du triple A : les avis divergent.

Crédit immobilier et perte du triple A : les avis divergent.

La perte du triple A de la France

La dégradation de la note souveraine de la France ne semble pas mettre la planète financière en émoi. Et pour cause, ce recul d'un cran n'est pas une vraie surprise, la plupart des acteurs l'avaient anticipé. Aussi prévisible fut-elle, cette dégradation aura des conséquences sur le coût du crédit aux particuliers. Les avis sont pour autant partagés entre modération et impact réel quant à une hausse des taux. L'association UFC-Que Choisir s'exprime également et met en garde les pouvoirs publics contre une probable augmentation des frais bancaires.

Meilleurtaux.com et Empruntis, deux courtiers majeurs du marché du crédit, ne sont pas sur la même ligne de pensée quant il s'agit d'évoquer les conséquences probables de la dégradation actée par l'agence de notation Standard & Poor's. Les taux de crédit aux particuliers sont indexés sur le taux de l'OAT 10 ans, titre de la dette française qui évolue au gré de la confiance des investisseurs. En abaissant la note de la dette, l'agence américaine porte un coup de canif dans la capacité de la France à se financer sur les marchés et provoque dans la foulée une hausse des taux obligataires. Les banques choisissent généralement de répercuter cette hausse sur les taux fixes du crédit immobilier. Les deux courtiers émettent un point de vue différent, toujours exprimé au conditionnel, ce qui prouve bien que rien n'est écrit dans le marbre.

Pour Meilleurtaux, les banques avaient joué contre la montre en reconstituant leurs marges depuis l'été dernier. La prudence dictée par le contexte de crise a contraint les banques à durcir les conditions d'accès au crédit tout en rehaussant leur grille tarifaire. Pour l'heure, la dégradation de la note souveraine n'a entraîné aucune hausse notable de l'OAT : de 3,03% vendredi 13, jour du fléau, l'OAT 10 ans a fait un saut minime à 3,10% hier lundi. Aucune banque partenaire du courtier n'a bougé son barème, et si la hausse s'inscrit dans la durée, le courtier estime que les banques pourraient choisir de ne pas la répercuter intégralement.

Pour Empruntis le sort des banques française est lié à la dégradation de la note souveraine.

En cas de notation dégradée pour les établissements bancaires de l'hexagone, le courtier voit une augmentation mécanique des taux de crédit aux particuliers, et chiffre cette hausse autour de 0,50% avant la fin du premier semestre. Le taux moyen sur 20 ans pourrait alors passer de 4,20% à 4,70%. Empruntis met également l'accent sur les conditions d'accès au crédit que les banques ont durci depuis quelques mois : en limitant leur exposition aux risques, elles contractent l'accès au crédit et seraient tentées d'être encore plus circonspectes en cas de hausse notable de l'OAT.

L'association UFC-Que Choisir s'inscrit plus volontiers dans le courant de pensée du courtier Meilleurtaux et estime en effet que les banques vont essayer de dynamiser le produit d'appel qu'est le crédit immobilier en maîtrisant au plus juste les hausses éventuelles. En revanche, à vouloir consentir des efforts commerciaux sur le crédit, les banques pourraient se rattraper en augmentant les frais bancaires qui sont déjà au-dessus de la moyenne européenne. Frais bancaires qui concernent tous les clients des banques, les emprunteurs et les autres.


Gerard Mihranyan


 


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